vendredi 27 mai 2011

(a)Mar del Plata y Nuevos Aires

Lorsque nous débarquons à Mar Del Plata au petit matin, le choc est violent. Après ces quelques semaines passées à vadrouiller sur les routes désertes de Patagonie, cette station balnéaire et son front de mer aux immenses buildings semblent tout droit sortis d'un cauchemar. Heureusement pour nous l'hiver arrive et il n'y a plus grand monde dans cette ville de plusieurs centaines de milliers d'habitants désertée par les touristes. Nous ne croisons que quelques retraités, seuls privilégiés à pouvoir profiter du redoux offert par l'automne sur les immenses plages de la côte Atlantique. La baignade n'étant pas de saison, on les retrouve souvent s'adonnant à une espèce de pétanque locale, le tejo (très différent du tejo colombien), qui se joue non pas avec des boules mais avec des palets, mais qui n'en déchaîne pas moins les passions. Étape essentielle avant d'affronter le tumulte de la capitale Argentine, Mar del Plata nous aura surtout permis de profiter tranquillement de ces quelques jours pour renouer avec la civilisation moderne. En effet, plus question ici de cuisiner au feu de bois ou de se laver à l'eau froide !

Puis nous embarquons pour Buenos Aires à bord d'un train, ce sera la dernière étape avant la fin du voyage. Un peu déboussolés à la descente du train, nous trouvons assez facilement où loger. Peut-être un peu trop facilement car cet endroit s’avérera être un des pires -si ce n'est le pire- hostal où nous avons séjourné durant ces quelques mois. L'avantage c'est qu'au moins ça nous pousse à sortir découvrir cette ville qui par ses accents si profondément européens nous rapproche déjà un peu de chez nous. Entre architecture moderne et coloniale, les grandes avenues de la ville ne sont pas sans rappeler celles du vieux continent et Buenos Aires est bien à la hauteur de sa réputation de "ville la plus européenne d'Amérique du Sud". Hormis les notes de tangos et l'accent bien particulier des Argentins, on pourrait presque se croire déjà de retour en Europe ! Mais elle est aussi profondément latine et sans doute l'une des plus cosmopolites du monde. Fondée il y a plus de 400 ans, Buenos Aires concentre la vie intellectuelle, économique et politique du pays. Ce petit bout d'Europe des Amériques bâti dans la pampa vide et plate conserve le charme d'une ville où le temps se serait arrêté aux années 60. Et bien que la crise ayant touché le pays au début des années 2000 soit encore bien présente dans les esprit (ou sur les murs recouverts de graffitis des banques-bunker du quartier financier), c'est aujourd'hui une ville où il fait plutôt bon vivre.
Nous découvrons donc au gré de nos balades les différents quartiers du centre historique de la ville. Nous parcourons d'abord les rues du quartier de Monserrat où se trouvent la plupart des édifices important de Buenos Aires, notamment le palais présidentiel, la "Casa Rosada" qui doit son nom à sa couleur rose obtenue grâce à un mélange de chaux et de sang de bœuf. Les rues du quartier de San Telmo rappellent quant à elles la grande époque du colonialisme, ici les bâtiments ont été parfaitement préservés et les petites rues pittoresques sont encore recouvertes de pavés. On y découvre les nombreux cafés anciens ainsi les brocantes et magasins d'antiquités en tous genres qui font la renommée du quartier. Le contraste avec le quartier adjacent de Puerto Madero, ancien port devenu obsolète et reconverti en quartier résidentiel très moderne, est saisissant. C'est là que se trouve l'un des plus grands espaces verts de la capitale : la "Reserva Ecológica de Buenos Aires". Située sur des terrains gagnés sur le río de la Plata dans les années 1970/80, en y déversant les gravats résultants des nombreuses démolitions ayant eu lieu dans la ville lors de la construction des autoroutes et avenues. Ce n'est pas un parc au sens strict du terme puisque qu'elle est à peine aménagée, mais la nature y a repris l'avantage sur l'homme en s'appropriant très rapidement ce lieu où l'on peut aujourd'hui observer de nombreuses espèces locales et migratoires alors même que l'on est au cœur d'une des plus grandes villes du continent.
En bons touristes, nous visitons enfin le quartier populaire de La Boca, rendu célèbre grâce à son équipe de foot mondialement connue "el Club Atlético Boca Juniors" où à joué Diégo Maradonna. Mais n'étant pas de grands fans de foot, nous passons sur la visite de "la Bombonera" et nous orientons plutôt vers "El Caminito", haut lieu du tourisme à Buenos Aires. Les façades très colorées typiques du quartier ainsi que les nombreux danseurs de Tango venus se faire photographiés contre un pourboire valent le détour même si l'afflux de touristes et les commerçants insistants gâchent un peu l'image de carte postale et nous font douter de l'authenticité des lieux. Au détour d'une rue, alors que nous sortons des sentiers battus et nous éloignons un peu de la zone touristique, nos soupçons se confirment. Les habitants sont ici très chaleureux et l'ambiance est moins oppressante qu'autour d' el Caminito. Nous sommes super bien accueillis dans un petit bistrot de quartier où les habitués se surprennent à voir deux étrangers à leur table et nos échanges sont ici beaucoup plus sincères. Nous y découvrons enfin l'histoire tout à fait unique de ce quartier aux baraques de tôle très colorées. Influencés par les œuvres de Benito Quinquela Martín, un peintre amoureux de son quartier, les habitants se sont mis à peindre leurs maisons avec des couleurs encore plus vives que celles que Quinquela utilisait dans ses toiles. En réponse, l'artiste se met alors à décorer les rues de La Boca notamment el Caminito, de fresques et de sculptures. Le résultats de ces échanges donne aujourd'hui ces décors surprenants qui rendent hommage à Maradonna ou Carlos Gardel mais surtout à la vie populaire du quartier.
Bien que l'on finisse par se sentir bien dans cette ville, Buenos Aires n'est pas notre maison et, après une semaine passée à arpenter les rues de la capitale argentine, il est enfin temps pour nous de remballer toutes nos affaires dans nos grands sacs postaux et de repartir pour la France où nous attendent familles et amis. Et bien que nous ayons hâte de les retrouver, c'est avec un gros pincement au cœur que nous montons dans l'avion qui nous emmène loin de l'Amérique du Sud et qui marque la fin de cette aventure.


samedi 21 mai 2011

Ruta 3

Nous rejoignons la côte Atlantique au niveau de Rio Gallegos, une étape qui semblait essentielle à notre périple il y a encore quelques semaines, mais qui est maintenant devenue un simple point de ravitaillement. En effet, sa position géographique en fait un point d'accès idéal au "Parque Nacional de los Glaciares", et une étape stratégique sur la route du détroit de Magellan et de la Terre de Feu. Contraints d'abandonner l'idée de rallier Ushuaïa, la ville la plus Australe du continent, faute de temps mais aussi d'argent, nous ne nous attardons pas en ville. D'autant plus qu'il ne nous reste que quelques jours avant de devoir rendre la voiture à près de 1800 km de là, à Neuquén.
Après quelques courses et un plein d'essence, nous repartons donc pour le nord en longeant la côte Atlantique sur la "Ruta 3". Axe tout aussi important que la "Ruta 40", voire plus, puisque qu'il relie l'extrême sud du pays à la capitale tout en longeant la côte Atlantique et ses nombreux ports, la Ruta 3 est quant à elle asphaltée sur la totalité de son parcours. Beaucoup plus fréquentée, empruntée par de nombreux camions, elle n'en est pas moins le théâtre des spectaculaires courses de guanacos avec les véhicules ! Les malheureuses victimes de ces jeux dangereux balisant tristement les abords de la route.
Côtoyant l'Atlantique sur un tracé quasi rectiligne, nous roulons à présent en plein milieu de la Pampa patagone. Partout autour de nous ce n'est que planitude, ponctuée ça et là par quelques troupeaux de moutons et autres arbustes épineux. Le paysage, battu par les vents, s'étend à perte de vue avec pour seuls repères la route dessinant une ligne droite qui semble se prolonger à l'infini et les interminables clôtures séparant les immenses enclos à moutons de la route.
450 kilomètres et 3 virages plus loin, nous voilà à un embranchement qui mène vers le "Monumento Nacional Bosque Petrificado". Intrigués par ce nom repéré sur la carte déjà bien avant notre départ de métropole, et sans doute aussi un peu lassés par tous ces kilomètres d'asphalte, nous partons donc à la découverte de cet endroit étonnant. Après un bivouac qui débutera à la belle étoile en bord de piste, et se terminera entassés dans la voiture à cause d'une averse nocturne, nous reprenons notre chemin au petit matin vers la forêt pétrifiée. Après 50 km de piste de "ripio" (ces gravillons entassés là en guise de route), nous arrivons devant la maison de la gardienne du parc. L'accueil est chaleureux et nous sommes aussitôt invités à entrer dans le petit musée adjoint au site avant de parcourir le sentier qui serpente entre les immenses troncs d'araucaria... fossilisés ! Difficile à imaginer, mais tous ces troncs autour de nous sont en fait d'énormes roches ! Il y a environ 150 millions d'années, à la place de ce paysage aux teintes ocres de volcans éteints et de "mesas" (collines au sommet plat), s'étendait une immense forêt où existaient des arbres gigantesques mesurant plus de 100 m de haut et vieux de plus de 1000 ans. On parle là d'une époque où steppe et cordillère des Andes n'existaient pas encore. Au cours d'une période de grande activité volcanique, les arbres succombèrent à des vents très violents et furent ensevelis sous les cendres et la lave. Suite à l'infiltration des eaux de pluie il furent ensuite pétrifiés, et grâce à l'érosion naturelle ils sont désormais de nouveau à l'air libre. Le phénomène est impressionnant, non seulement par la taille des fossiles, mais aussi de par leur qualité : ce n'est qu'en les touchant qu'on se rend compte que ces troncs, bûches et brindilles sont en réalité des cailloux. Plus tard, la région fût habitée par les premier humains du continent et les alentours regorgent de peintures rupestres et autres pointes de flèches vieilles de plus de 10 000 ans. Autant dire qu'entre l'histoire du lieu et le paysage qui nous entoure on se sent vraiment minuscules... Et on est pas déçu de ce petit détour au nom si mystérieux !

Nous reprenons ensuite la Ruta 3 pour la Réserve de Punta Tombo, qui abrite la plus grande colonie de "pinguinos" de Magellan du continent avec plus d'un million d'individus. Bien que leur période de nidification soit terminée et que les pingouins débutent alors leur migration vers des eaux plus froides, nous espérons tout de même pouvoir observer quelques retardataires pas encore partis vers leurs quartiers d'hiver. Nous quittons donc à nouveaux la Ruta 3 en direction de l'océan pour une centaine de kilomètres de "ripio". Loin d'être la pire portion de piste que notre véhicule a subit depuis le début du périple, ce sera pourtant celui qui aura sa peau puisque les cailloux bondissant auront raison de la pompe à carburant située sous la voiture, dans la seule zone non-renforcée du dessous-de-caisse de notre Corsa... Et là, bien qu'on n'y connait rien en mécanique, une seule évidence : la voiture ne bougera pas de si tôt, et nous sommes au milieu de nulle part ! La dernière estancia croisée est à plusieurs dizaines de kilomètres et la nuit commence à tomber, tant pis pour les pinguinos il nous faudra passer la nuit là et attendre le lever du jour pour partir chercher de l'aide.
Par chance, le lendemain matin, alors que nous nous apprêtons à partir à pied jusqu'à l'estancia, un pick-up vient à notre secours. Il s'agit d'un braconnier et de sa famille en pleine chasse au guanaco. Après avoir tenté de réparer notre voiture avec des morceaux de durites coupés sur son propre moteur, notre dépanneur se propose de nous remorquer jusqu'au premier garage, c'est à dire à Trelew à plus de 100 kilomètres de là ! N'ayant pas de corde, nous fabriquons vite fait, à l'aide des sangles de serrage de nos voiles et de quelques flammes (morceaux de tissu de parapente dont on se sert pour voir la direction du vent), un système permettant de tracter la voiture sur la piste jusqu'à une estancia où nous empruntons une vraie corde. Les 80 kilomètres restant jusqu'à Trelew seront parcourus tranquillement, au gré des nombreux arrêts que nous faisons pour récupérer la viande des guanacos abattus par notre dépanneur. La chasse au Guanaco étant limitée à un animal par famille, notre ami se doit de faire vite mais surtout de ne prendre que les morceaux de valeur sur les bêtes chassées. Mathieu sera donc mis à contribution en tant que porteur de gibier, le tout en essayant de ne pas se faire repérer depuis la route ! Nous finissons quand même par arriver à Trelew, où le premier arrêt sera chez nos compagnons de route qui décident alors de nous inviter à manger avec eux une fois la voiture réparée. Bien sûr, trois européens qui négocient une réparation rapide sur une voiture de location un dimanche ne font pas le poids face à un garagiste capable de nous clouer là pour plusieurs jours, et nous nous retrouvons amputés d'une bonne partie du budget restant pour la fin du voyage. Mais comme toujours dans cette aventure que nous vivons depuis plusieurs mois maintenant, chaque malheur apporte son lot de bonnes surprises et la soirée que nous passons chez nos hôtes à déguster viande de guanaco grillée et bières fraiches restera mémorable. Encore une fois, la solidarité et l'amitié légendaire qui sévissent dans ces contrées reculées et hostiles nous aurons permis de faire une belle rencontre. Alors certes pas de manchots, mais de nouveaux amis et de nouvelles expériences, il n'en fallait pas plus pour nous ravir ! D'autant plus que sans eux nous serions surement encore en train d'errer au gré des pistes à la recherche d'une aide quelconque. Même s'ils insistent pour que nous passions la nuit chez eux, quitte à faire dormir leur fille dans le salon pour que nous profitions de sa chambre, nous n'osons abuser de leur hospitalité et reprenons la route au milieu de la nuit direction la Peninsula Valdes où nous esperons bivouaquer discrètement. Quelques kilomètres plus loin et quelques dizaines de pesos en moins dans les poches, nous entrons enfin dans cette zone protégée qu'est la Peninsula Valdes avec l'espoir d'y voir les fameux manchots que nous avons ratés à Punta Tombo, et surtout les baleines qui commencent à arriver dans le Golfe Nuevo qui leur sert de nurserie.
Après une nuit à la belle étoile, nous entamons le tour de la peninsule. Tout au long de la journée, nous croisons de nombreux éléphants de mer et autres phoques qui se dorent la pilule au soleil sur les plages tandis que renards gris, ñandus, pichis (petit tatou) et mouffettes essayent tant bien que mal de se camoufler dans la végétation rase et éparse de la steppe. Encore une fois, nous profitons de ce spectacle entre nous, basse saison oblige, nous sommes parmis les rares touristes à oser affronter les vents glaciaux du bord de mer. Les premières baleines sont bien là, suivies de près par les orques mais la houle nous empèchera de les observer depuis la terre, l'excursion en bateau avec un tour operator quelconque n'étant une fois de plus pas dans notre optique. Après avoir fait le tour de ce petit bout de terre uni au continent par l'isthme Carlos Ameghino, nous reprennons la ruta 3 vers le nord et plus précisément vers Neuquén où nous arrivons juste à temps pour déposer la voiture et prendre un bus de nuit vers Mar Del Plata, fameuse station balnéaire au sud de Buenos Aires où nous espérons renouer un peu avec la civilisation moderne après ces semaines de road-trip et de bivouacs en Patagonie.



dimanche 15 mai 2011

El Calafate y el glaciar Perito Moreno

Notre périple se poursuit, encore un peu plus au Sud, vers El Calafate. Balayée par un vent à décorner les bœufs et à défriser les moutons, la route, asphaltée depuis peu, serpente dans la steppe entre des lacs immenses hérissés d'icebergs et de gigantesques glaciers. Un paysage désertique s'offre à nous : beaucoup de petits arbustes, presque pas d'arbres, quasiment aucun talus et il s'étend à perte de vue, parsemé de quelques estancias signalées par deux roues de chariot plantées au bord de la route en guise de portail d'entrée et dont les bâtiments en tôle blanche brillent au soleil. Et un ciel très changeant mais qui laisse souvent sans voix. Les guanacos jouent encore et toujours à courser notre véhicule sous l'oeil bienveillant des condors tandis que moutons, vaches et chevaux paissent dans des enclos de plusieurs milliers d'hectares. Pas de doutes, nous sommes bien en Patagonie !
L'arrivée à El Calafate est nettement moins magique, après avoir passé un espèce de péage/poste de douane où notre véhicule -et nos intentions- sont passés au peigne fin afin de savoir si l'on peut pénétrer ou pas en ville, nous débarquons dans une ville champignon, où encore une fois, tout est tourné vers le tourisme. Au départ, il s'agissait surtout d'un point de ralliement et d'approvisionnement pour les colons installés dans la région. Les convois de laines venus des estancias alentours avaient besoin d'une ville étape et c'est ainsi qu'est née El Calafate. La bourgade n'a été officiellement fondée qu'en 1927 afin de consolider le peuplement de la région. Ce n'est que dans les années 40 que la ville commença à prendre son essor avec l'implantation, en 1943, de l'intendance du Parque Nacional de los Glaciares créé six ans plus tôt. La ville doit son nom à un arbuste épineux typique du sud de la Patagonie qui donne des fleurs jaunes au printemps et des baies bleues-noires en été dont les argentins font une confiture très appréciée (un genre de myrtille en gros). Le dicton dit d'ailleurs que "celui qui mangera de ce fruit reviendra toujours en Patagonie".
Il n'y a donc pas grand chose à dire de cette ville qui s'étend sur les berges du Lago Argentino et qui doit sa renommée actuelle à sa proximité avec le fameux glacier Perito Moreno dont elle est l'unique point d'entrée.
Nous n'échappons pas à la règle puisque nous aussi sommes venus dans le but d'aller voir le glacier. Et qui sait peut-être que les conditions météo permettrons même un petit vol au-dessus du géant de glace. Nous quittons donc El Calafate très tôt alors qu'il fait encore nuit noire, pour parcourir les 70 et quelques km qui nous séparent de l'entrée du Parque Nacional de los Glaciares. Après avoir été soulagés des 100 pesos argentins par personne équivalents aux droits d'entrée au parc pour les étrangers, les derniers kilomètres de route se font dans les bois, sur une petite route sinueuse alors que le soleil commence à se lever. Au détour d'un virage nous finissons par apercevoir la masse du glacier. Et cela dépasse largement toutes nos attentes. S'étendant sur plus de 250 km², le Perito Moreno est encore plus impressionnant que ce que l'on avait imaginé, son front de près de 8km de long et 170m de haut, dont plus de 70m émergés, avance sur un des bras du Lago Argentino à une vitesse de 2m/jour. Le ciel est gris et la lumière médiocre, mais le spectacle en vaut largement la peine. D'autant plus qu'à cette heure, à part les lièvres, les renards et quelques employés du parc nous sommes quasiment seuls à en profiter.
D'ailleurs, avec des conditions aérologiques exceptionnellement calmes pour la région, on ne peut pas s'empêcher de grimper à fond la caisse sur les hauteurs de la Peninsula Magallanes pour déballer les voiles. La vue sur le glacier et sur le lac est superbe et, malgré une légère brise descendante, une bonne course permet de décoller sans problème. Le vol est tout simplement magique, on a l'impression de faire partie du décor, mais l'euphorie n'est que de courte durée car il faut rapidement penser à l'atterrissage. Entre le parking qui se remplit et les clairières marécageuses, l'atterro sera mouvementé ! On rejoint ensuite sans traîner la voiture pour y laisser le matériel, car il semblerait que les gardes du parc en aient après nous. On aura effectivement droit à une bonne réprimande car ici aussi, l'espace aérien du parc est protégé et donc interdit de vol. Heureusement qu'ils n'ont pas réussi à nous attraper sur le fait, les voiles étant déjà cachées dans la voiture, faute de quoi on aurait pu avoir "de graves problèmes"... rien que ça ! Mais en espérant tout de même pouvoir nous piéger, ils nous pisteront durant toute notre promenade face au Perito Moreno !
Nous nous approchons alors du glacier grâce à un judicieux système de passerelles en bois permettant de canaliser le flux de visiteurs et nous arrêtons régulièrement pour prendre des photos ou simplement admirer le Perito Moreno. L'endroit est calme, le silence écrasant n'est rompu de temps à autre que par les grondements du glacier qui en avançant ne cesse de craquer. Régulièrement, des blocs plus ou moins gros se détachent du front du glacier dans un fracas épouvantable, semblable au tonnerre et s'écrasent dans le lac, 70m plus bas avant de partir à la dérive. Le soleil perçant peu à peu la couche de nuages, la glace renvoie alors des reflets lumineux passant par toutes les teintes de bleu. Après plusieurs heures à admirer ce spectacle et à jouer au jeu du chat et de la souris avec les gardes du parc, nous décidons de reprendre la route. Les bus de touristes commencent à affluer et le spectacle n'a alors plus du tout la même saveur...
Après un dernier arrêt dans le centre ville de El Calafate pour un dernier approvisionnement, une dernière tournée d'empanadas (sortes de chaussons fourrés de viande et de légumes cuits au four) et un remplissage du thermos d'eau chaude pour le maté, nous voilà repartis. Direction la côte Atlantique cette fois-ci. Même si nous sommes désormais sûrs et certains de ne pouvoir aller jusqu'à Ushuaïa, faute de temps et d'argent, il nous reste encore pas mal de choses à découvrir avant la fin du périple dans seulement quelques jours !





vendredi 13 mai 2011

El Chaltén, el pueblo más jovén de la Argentina.

Nous arrivons à El Chaltén, fatigués et affamés. La pluie tombe sans discontinuer depuis notre départ de Tres Lagos, et avec une violence telle que la conduite en a été éprouvante. Nous nous attablons donc rapidement dans l'une des seules auberges encore ouverte à cette époque de l'année, où nous aurons aussi la chance de pouvoir profiter d'une chambre pour la nuit. Et bien que la chambre laisse entrer la pluie et les courants d'air, après les quelques jours passés sur la 40 dans un confort plus que sommaire, un vrai lit et une douche chaude s'avèrent être un luxe extrême pour nous.
Le lendemain, la pluie tombe toujours, mais nous profitons tout de même de quelques accalmies pour visiter le village et ses proches alentours. Fondé en octobre 1985, dans le but d'assoir la suprématie argentine sur ces contrées lointaines proches de la frontière chilienne (Chili et Argentine ont encore régulièrement du mal à définir la position exacte de leur frontière commune!). Situé au cœur du "Parque Nacional de Los Glaciares", ce village qui compte environ 400 habitants en été vit essentiellement du tourisme et de l'escalade et est donc littéralement désert en hiver. El Chaltén attire des randonneurs du monde entier venus dans l'espoir de pouvoir admirer la vue impressionnante, bien que souvent bouchée par les nuages, du Fitz Roy -ou Chaltén- et du Cerro Torre. Chaltén est d'ailleurs un nom d'origine Tehuelche signifiant montagne qui fume... c'est dire si son sommet est souvent dans les nuages ! Le secteur est parfaitement balisé, de nombreux sentiers parcourent la nature sauvage environnante et les gardes du parc veillent bien à faire respecter les consignes en matière de protection environnementale.
Dans ce petit village du bout du monde, on ne trouve pas grand chose d'autre que des infrastructures touristiques et des magasins de location de matériel de grimpe, tous déjà fermés, ce qui nous laisse imaginer le monde qu'il doit y avoir par ici en pleine saison ! Alors certes, nous on a la pluie mais au moins c'est calme. Toutefois, cette eau qui tombe sans s'arrêter depuis des jours a aussi de nombreux inconvénients : elle transforme les sentiers en ruisseaux et, ajoutée au froid, au gel et au vent qui s'abattent sur la région, rend l'accès à certain sites quasiment impossible. Nous partons donc en reconnaissance, sous la pluie, vers le "Chorillo del Salto", une cascade située à quelques kilomètres seulement du village. Cette modeste promenade aura au moins le mérite de nous faire prendre l'air. Après tout, on est surtout venus ici pour marcher et profiter de la nature. Sur place, rien de bien excitant, il s'agit en fait d'une simple cascade comme on en voit un peu partout. Mais alors que l'on s'apprêtait à regretter notre escapade sous la pluie, nous vivrons une des plus émouvantes rencontres que l'on puisse faire dans le secteur. Tandis qu'on essaye de s'approcher au plus près des chutes d'eau, des petits cris attirent notre attention. Dans notre dos, à quelques mètres de nous seulement, de l'autre côté du ruisseau, trois jeunes pumas perchés sur un rocher semblent appeller leur mère. Celle-ci n'est surement pas très loin de nous, mais avant même que l'on puisse s'en inquiéter, elle rejoint ses petits qui s'empressent alors de lui emboiter le pas pour mieux disparaître dans la végétation environnante. Après cette rencontre de quelques secondes, tous les doutes que l'on peut avoir quant à notre présence ici sont vite oubliés et nous rentrons au village émerveillés comme des gamins pourrait l'être au matin de noël !
Le jour suivant, le déluge s'arrête enfin mais les nuages sont toujours là, et on en viendrait presque à douter de l'existence du Fitz Roy dont on n'aperçoit même pas la silhouette. Nous décidons quand même de partir en balade. Nous choisissons une rando assez facile, sans trop de dénivelé histoire d'éviter les ennuis dus aux intempéries, et partons en direction du Cerro Torre et de la Laguna du même nom. Le chemin est magnifique bien que souvent transformé en torrent. Nous profitons dès le départ du calme qui règne dans les forêts entourant El Chaltén, et notre expérience de la veille nous pousse à chercher partout les traces du puma qui, bien qu'il soit craintif et timide, partage son territoire avec les aventuriers de passage et n'hésite pas à montrer sa présence, que se soit par une crotte laissée en évidence au bord du sentier ou par une empreinte imprimée dans la boue.
Mais on ne peut être chanceux deux jours de suite et nous arrivons sur les berges de la laguna Torre sans recroiser son regard. Malgré le froid glacial qui sévit ici, nous profitons un long moment du spectacle du glacier qui descend dans la lagune, de nos premiers icebergs et des aiguilles de granite qui apparaissent et disparaissent au gré des nuages. Difficile de s'imaginer que derrière cette chaine de pics si particuliers, s'étend une véritable mer de glace dont est issu ce glacier. En effet, sur ces territoires disputés par l'Argentine et le Chili, se trouve un plateau d'une altitude moyenne de 1500 mètres entièrement couvert de glace, "el Campo de Hielos Continentales Patagonicos", troisième plus grand champ de glace du monde après l'Antarctique et le Groënland. Mais le ciel s'assombrit vite et le temps étant vraiment imprévisible, il nous faut nous hâter un peu pour rentrer et c'est sous nos premiers flocons de l'hiver que nous rentrons à l'auberge.
Ce n'est qu'au matin du dernier jour que nous découvrons enfin ce qui fait la renommée de El Chaltén et motive tant d'alpinistes de part le monde. Le Fitz Roy, l'une des plus impressionnantes montagnes au monde, et sans doute aussi l'une des plus difficile à gravir. Du haut de ses 3405 mètres d'altitude, il domine toute la région. Conquis pour la première fois le 1er février 1952 par les alpinistes français Lionel Terray et Guido Magnone, ce pic aux parois extrèmement verticales se révèle donc enfin sous son plus beau jour, baigné dans les lueurs dorés du soleil levant et dans un ciel sans nuage. Le spectacle est à la hauteur de sa réputation, tellement magnifique que nous ne pouvons en détourner nos yeux. Perchés sur une falaise qui domine la ville, nous observons le ballet des aigles et des condors qui jouent dans les ascendances, aux premières loges du spectacle. Impossible pour nous de voler, l'aérologie est bien trop instable pour les piètres oiseaux que nous sommes, mais nous envions ces rapaces qui jouent des heures durant dans ce cadre magique !



mercredi 11 mai 2011

Por la Ruta 40, hasta Tres Lagos.

Nous continuons encore et toujours vers le sud, le long de la "Ruta 40" qui telle la légendaire route 66 des États-Unis, est un symbole et un emblème de l'Argentine. Elle parcourt onze provinces: Santa Cruz, Chubut, Río Negro, Neuquén, Mendoza, San Juan, La Rioja, Catamarca, Tucumán, Salta et Jujuy et permet de rallier Cabo Vírgenes, le point le plus austral de la côte Atlantique américaine, à la frontière Bolivienne. Rendue célèbre par de nombreux auteurs, la plupart des voyageurs traversant la Patagonie la parcourent mais elle reste tout de même peu fréquentée sur les tronçons quasiment pas asphaltés de ses extrêmes nord et sud. Elle parcourt de vastes étendues, sinuant dans les steppes de Patagonie, le long des contreforts des Andes. Les paysages que l'on découvre le long de son tracé sont à couper le souffle, mais semblent parfois si hostiles qu'on en vient à se demander comment peuvent survivre les habitants des rares "estancias" que l'on aperçoit au loin et qui jalonnent notre route.
Nous parcourons les 550 km qui séparent El Bolsón de Rio Mayo sans trop de soucis puisqu'il s'agit encore de tronçons asphaltés. Après un dernier approvisionnement, nous entamons les premiers kilomètres de piste avec la nuit qui tombe lentement, nous offrant un des plus beaux couchers de soleil que nous ayons vu. Il nous reste encore un peu moins de 250 km à parcourir avant d'arriver sur les terres de la "estancia La Argentina", où nous souhaitons passer la nuit. Et l'on avance laborieusement sur cette piste de gravats, essayant tant bien que mal d'éviter de racler le monticule d'une quarantaine de centimètres de haut qui s'élève entre les deux ornières de circulation. La nuit est déjà bien avancée lorsque nous arrivons à l'embranchement qui mène vers la "estancia La Argentina", sur les terres de laquelle se trouve la "Cueva de las Manos". On décide donc de passer la nuit à la belle étoile pas trop loin de la route, abrités du vent par la voiture. Heureusement, en automne les vents qui soufflent habituellement à plus de 70 km/h sont moins présents mais l'hiver approchant, le froid commence à bien se faire sentir et nous jouons de malchance car à peine commençait-on à s'endormir que la pluie se met à tomber. Nous n'avons d'autre solution que de nous réfugier dans la voiture pour y passer la nuit...

Au réveil, en regardant la carte, nous comprenons vite qu'il nous reste encore près de 60 kilomètres à faire avant de pouvoir admirer la fameuse "Cueva de Las Manos". Cela équivaut donc à un détour de 120 km, avec un réservoir presque vide et sans trop savoir où se trouve la prochaine station-service. Mais trop curieux de savoir de quoi il en retourne, et quitte à être venus jusqu'ici, on ira voir cette fameuse grotte inscrite au Patrimoine Culturel de l'Humanité de l'Unesco ! Et puis tant pis si l'on tombe en panne, la légendaire solidarité qui règne dans ces contrées nous ayant déjà sorti de quelques ennuis mécaniques, on sait qu'on pourra compter là-dessus même s'il faudra attendre plusieurs heures voire plusieurs jours avant de croiser quelqu'un. En effet, on n'est pas dérangés par la foule sur cette piste, surtout à cette saison de l'année quand la pluie tombe en grandes quantités et que la neige commence à pointer le bout de son nez !

Après avoir croisé de nombreux guanacos, version plus grande et élancée de leurs cousins les lamas péruviens, animaux qui adorent faire la course avec notre voiture et se défier en passant à toute vitesse devant notre pare-chocs, nous arrivons au bout du chemin, tout au bord du canyon du Rio Pinturas. C'est d'ici que l'on accède à la fameuse "grotte des mains" riche en peintures rupestres dont les plus anciennes remontent à plus de 13 000 ans. Durant plus de 9000 ans, les premiers êtres humains de la région ont représenté ici des empreintes de mains gauches en négatif qui couvrent la roche sur plusieurs centaines de mètres de long au-dessus du canyon. Protégées par la roche surplombante, les peintures sont à l'abris des intempéries et de la lumière bien qu'elles soient à l'air libre. Ce site témoigne de la culture des plus anciennes sociétés de chasseurs-cueilleurs du sud de l'Amérique, probablement les ancêtres des premiers peuples Tehuelches de Patagonie. Nous sommes accueillis par les guides qui vivent sur place, contents de trouver encore quelques touristes curieux à cette période de l'année. Nous partageons un maté avec eux et découvrant que nous avons passé la nuit dans la voiture et que nous n'avons pas mangé, ils nous offrent même le petit déjeuner !

Après la visite, nous reprenons la route évitant tant bien que mal guanacos et ñandus (cousines des autruches africaines, plus petites mais tout aussi rapides et ridicules). Nous alternons entre grandes portions de piste et petits morceaux de route fraîchement asphaltée, puisque un grand plan du gouvernement actuel vise à moderniser la région en faisant de la piste 40 une véritable route. Nous arrivons finalement après plus de 300 km de piste, sur le fond du réservoir, dans le petit hameau de Tres Lagos. C'est ici que se situe la station service la plus importante du trajet. Rater cette halte, dans un sens comme dans l'autre, serait l'assurance d'une panne d'essence en plein milieu de la pampa ! Le village, qui compte moins de 200 âmes en pleine saison, est quasiment désert. À part le petit poste de police où somnole un agent pas très accueillant, nous découvrons le seul bistrot du village, où nous ferons la connaissance de plusieurs ouvriers, logés ici à l'occasion des travaux de modernisation effectués sur la "ruta 40". D'après eux, ce n'est vraiment pas une bonne saison pour se promener dans le coin, la neige est attendue d'un jour à l'autre et ce sera l'occasion pour eux de rentrer dans leurs familles jusqu'au printemps prochain. Le camping du village est fermé, le seul commerce qui tourne toute l'année est la station-service située en dehors du village, à 2 km sur la route de El Chaltén. Dommage, nous avions prévu de les inviter à rejoindre "les amis des Lagos du monde", association qui a pour but de créer des liens d'amitié entre différents villages du monde nommés Lagos. Mais personne ici ne sait nous dire à qui nous adresser, et il est d'ailleurs de plus en plus difficile de trouver des locaux à qui parler. Notre enquète ne menant à rien, nous décidons cependant de parcourir les quelques rues du village, à défaut de rencontrer ses habitants, nous saurons au moins à quoi il ressemble. Battu par les vents, le petit village fondé en 1937 fait surtout office de halte et de refuge sur cette portion fort hostile de la ruta 40. Le temps semble s'y être arrêté et alors que nous parcourons ses quelques rues, nous ne croisons âme qui vive. Forcés de se rendre à l'évidence, nous ne pourrons mener à bien notre mission d'ambassadeurs à cette période de l'année, nous quittons le bourg pour aller jusqu'à la station-service YPF. L'enseigne de la marque ayant été arrachée par le vent il y a déjà bien longtemps, l'entrée est marquée par de vieux pneus enfouis dans le sol. Le patron nous accueille chaleureusement malgré le froid ambiant. Emmitouflé dans une grosse combinaison, il se prépare pour l'arrivée de l'hiver. Nous ne resterons pas longtemps à discuter avec lui, mais suffisamment pour savoir que le pire du trajet est derrière nous. Lui qui est installé là depuis plus de 30 ans semble toujours autant apprécier de discuter avec les étrangers de passage. Comme s'il voyageait au travers des récits des gens qui ne s'arrêtent chez lui que pour mieux repartir. Alors que la pluie commence à tomber, il nous recommande de prendre la route au plus vite afin de ne pas arriver trop tard à El Chaltén, car la tempête arrive et compliquera la conduite de nuit.



lundi 9 mai 2011

El Bolsón y el cerro Piltriquitrón, colgados de las nubes.

Nous continuons donc notre chemin vers le sud via la mythique "ruta 40", direction El Bolsón, petite bourgade bien tranquille nichée au fond d'une ancienne vallée glacière au climat plutôt clément. Depuis toujours elle est le carrefour de nombreuses routes commerciales, mais elle est aujourd'hui surtout connue et réputée pour ses productions artisanales. Il y a une quarantaine d'années, alors que l'Argentine était en pleine dictature, quelques irréductibles hippies se sont regroupés dans cette vallée fertile et en ont fait un haut lieu de la culture alternative dans le pays. Au cours des 30 dernières années, la ville de El Bolson a été le protagoniste principal d'un mouvement culturel qui a soulevé dans la société argentine des thèmes comme l'écologie, le développement durable et la juste considération des peuples natifs. Des thèmes qui hier encore n'étaient pas pris en compte, et qui pourtant aujourd'hui sont au coeur du débat dans le monde entier.
La vie de cette petite ville tourne essentiellement autour de son marché artisanal qui a lieu au moins 3 fois par semaine, et où l'on retrouve vraiment toutes sortes de produits d'excellente qualité. Accueillis dès l'entrée du village par un totem représentant un "duende", un lutin qui selon la légende peuple les immenses forêts alentour, El Bolsón affiche clairement sa différence, on vient ici pour profiter de la nature et de l'accueil chaleureux des locaux... Nous ne dérogeons pas à la règle puisqu'on n'a pas vraiment choisi de faire halte ici par hasard, il s'avère en effet que nous avons déjà un contact dans la région en la personne de Martín, éminent parapentiste local, un des seuls avec sa femme Mariella à s'envoyer régulièrement en l'air depuis les pentes du cerro Piltriquitrón (ce qui en Mapuche signifie "accroché aux nuages") qui domine la ville. Certes, l'automne déjà bien avancé n'est pas la meilleure période de l'année pour voler dans le coin, mais on espère bien profiter de quelques créneaux sympas. Et en attendant, l'accueil qui nous est réservé par nos hôtes argentins dépasse vraiment toute attente. Vivant du parapente en saison, de quelques productions rurales et artisanales et de l'accueil des parapentistes dans leur magnifique maison en bois construite par Martín avec l'aide d'un voisin, c'est sans doute un des couples les plus sympathiques rencontrés depuis le début de cette aventure. D'autant plus qu'avec Martín nous avons vraiment beaucoup de choses à apprendre en matière de parapente. En 2007 il a participé au documentaire de Christian Holler, el Camino del condor (le chemin du condor), un documentaire qui retrace la vie et le vol du condor des Andes grâce aux investigations menées sur le terrain par un ornithologue, Lorenzo Simpson et un parapentiste, Martín. C'est un plaisir de l'écouter parler de cette expérience, qui lui a appris beaucoup sur la vie des condors mais aussi sur leur façon de voler, de laquelle il s'inspire tous les jours pour améliorer ses performances de parapentiste.
Autour de quelques bons repas partagés avec nos amis argentins, nous échangeons anecdotes et expériences de vols, et lorsque vient enfin le moment où nous pouvons nous aussi aller jouer au-dessus des forêts qui recouvrent les pentes du cerro Piltriquitrón, nous nous régalons d'un bon dynamique qui nous permettra de profiter un moment des couleurs et lumières d'automne au dessus de la vallée. Bien que nous ne pourrons pas nous essayer aux légendaires cross qu'offrent les conditions aérologiques de printemps ou d'été, et que nous n'aurons pas l'occasion de partager un vol avec les condors, nous resterons marqués par ce coin de paradis, et il nous semble inévitable de revenir traîner nos ailes dans les airs de la vallée de El Bolsón un jour ou l'autre !
Nous quittons nos amis après quelques jours passés chez eux, à profiter de la météo encore douce malgré la saison déjà bien avancée et à goûter à tous les plaisirs de la vie utopiste de la ville, entre balades en plein air, vols et dégustation de miel, glaces, confitures, fromages et bières localement produits !




mercredi 4 mai 2011

La Ruta de los Siete Lagos

Nous quittons Mendoza chassés par le Zonda et partons vers le Sud, direction la Patagonie argentine. Nous prenons un bus pour Neuquén, où nous espérons attraper une connection pour San Martín de Los Andes, la porte de la Patagonie au pied des Andes. Malheureusement, force est de constater que les trajets en bus sont loin d'être donnés en Argentine, il s'agit même des tarifs les plus élevés que nous rencontrons depuis le début de notre aventure ! Une fois à Neuquén, ville perdue au milieu de nulle part, et après de nombreuses négociations avec les différentes compagnies de bus, nous comprenons qu'il nous sera impossible d'accomplir le trajet désiré si nous voyageons en bus. Nous décidons alors de nous intéresser aux locations de voitures, pas données certes, mais à trois cela s'avère être la meilleure option pour pouvoir faire un tour en s'arrêtant où bon nous semble dans l'immensité Patagonique. En plus, vu que nous sommes en basse saison touristique, nous dégottons un tarif imbattable auprès d'une agence locale, à condition que nous attendions jusqu'au lendemain que le véhicule soit prêt... Qu'à cela ne tienne, nous partons à tour de rôle en ville à la recherche d'un endroit où dormir mais là aussi, rien dans notre budget, nous passerons donc la nuit au terminal de bus. Nous laissons nos sacs à la consigne et profitons de la journée pour découvrir Neuquén, où il n'y a malheureusement pas grand chose à découvrir à part du vent, beaucoup de vent, et de la poussière, beaucoup de poussière ! De retour au terminal, nous nous mettons à la recherche d'un petit coin où passer la nuit et les équipes d'entretien, surpris de trouver des européens dormant par terre dans le hall, nous indiquent gentiment le meilleur endroit où rester, tout en nous prévenant qu'à 5h du mat' il nous faudra bouger et retourner dans le hall principal si on ne veut pas se faire jeter.
Le lendemain, après plusieurs heures passées à tuer le temps en attendant de récupérer les clés de notre voiture, nous sommes enfin prêts à partir sur les routes de Patagonie en toute liberté ! Malgré la nuit qui tombe, nous prenons la route direction San Martín, à plus de 6h de là, au volant de notre chevrolet corsa coupé chargée à bloc ! La nuit est magnifique, le ciel plus étoilé que jamais et alors que nous enchaînons les kilomètres sur les longues routes rectilignes d'Argentine, époustouflés par le ballet des étoiles filantes, le sommeil nous gagne et nous décidons de faire une première pause pour passer la nuit au bord de la route. Au réveil, nous découvrons le paysage qui nous entoure avec d'un côté les plaines sèches et arides de Patagonie, où la végétation rase lutte contre le vent pour pousser ça et là, de l'autre le volcan Lanín. Impressionnés par le spectacle, nous ne cessons de nous arrêter pour prendre des photos, et ce jusqu'à en tomber en panne de batterie... Heureusement, l'entraide qui sévit dans ces contrées reculées n'est pas qu'une légende et deux "gauchos" viendrons très vite à notre secours pour nous permettre de reprendre la route.
Nous arrivons en fin de matinée à San Martín, petite ville nichée dans un écrin de verdure au bord d'un immense lac. Nous trouvons assez vite une auberge où passer quelques nuits au chaud et sympathisons avec le propriétaire, grand fan de blues, joueur d'harmonica autodidacte et boulanger à ses heures perdues. Nous y passerons quelques jours à nous promener dans les alentours et à profiter du climat doux, à cette époque les beaux jours sont là mais pas les touristes ! Puis après nous être renseignés, nous décidons de prendre la route/piste des 7 lacs qui nous mènera jusqu'à San Carlos de Bariloche.
Sur le chemin, nous prenons notre temps et nous arrêtons régulièrement pour marcher ou juste pour contempler le paysage, et le soir venu nous posons nos tentes dans les camping "libres", zones de camping gratuites et sans infrastructure situées au bord des lacs. Personne dans les environs, cuisine sur les braises, la belle vie ! Un jour, la pluie nous ayant rattrapé, nous nous arrêtons dans un camping un peu plus confortable mais payant. Mais comme la saison est terminée, les gérants ne sont pas là et ont laissé la surveillance du site à Bob, un sud-africain en vadrouille tout content de voir des gens, qui nous propose de jeter nos matelas près du poêle et de ne payer que moitié prix. Nous restons quelques jours avec lui à pêcher, à couper du bois, à faire des tours en canoë sur le lac Falkner, à refaire le monde... nous ferons même un petit vol en parapente au-dessus des lacs !
Nous reprenons ensuite la route direction Villa la Angostura, une petite ville baptisée la suisse de Patagonie. C'est vrai qu'il y a un air de ressemblance, surtout quand on voit le niveau de vie des personnes vivant dans le coin. Belles villas et belles bagnoles, mais le cadre est magnifique et vaut le coup d'être vu, et nous y faisons une rando d'une vingtaine de kilomètres qui mène sur une des presqu'iles du lac Nahuel Huapi. Y pousse un arbre endémique à l'écorce jaune-orangée, l'Arrayan, et se promener au coeur d'une forêt d'Arrayanes ressemble à un conte de fée !
Le lendemain nous arrivons finalement à San Carlos de Bariloche, de l'autre côté du lac Nahuel Huapi. Certes la ville n'est pas grande mais après une semaine à vivre dans les bois le choc est rude lorsqu'on se retrouve à nouveau confrontés à la civilisation ! Mais l'ambiance y est tout de même agréable, même si nous ne volons pas à cause d'un vent trop fort nous nous promenons et nous préparons à affronter les 5000 et quelques km qu'il nous reste à avaler avant de rendre la voiture. En effet, en un peu plus d'une semaine nous avons à peine parcouru 500 km et il ne nous reste que deux semaines avant la fin de la location... Mais cela en valait largement le coup et nous reviendrons certainement poser la tente aux bords des lacs un jour ou l'autre !